« On achève bien la République ! L’école : un os à ronger pour les parents »
Vous le savez aussi bien que moi : il n’y a pas de République ni de démocratie possibles sans une éducation à la hauteur de ces idéaux. C’est ce qu’avaient fort bien compris nos pères de la IIIème République qui étaient parvenus, au prix de durs combats, à instaurer l’école gratuite et obligatoire. La France, après avoir tenu pendant longtemps, la tête des meilleurs systèmes éducatifs au monde se retrouve aujourd’hui péniblement à la 27ème place – La faute à qui ?
Nombreux sont les médias, qui, suivant l’air du temps, stigmatisent le corporatisme enseignant, « pas assez souple » « trop arc-bouté » sur une conception rétrograde et réactionnaire de l’école (« pas assez modernes ») ou disons-le carrément trop imbu de ses privilèges (celui, par exemple, de pouvoir impunément se laisser traiter de « connard » par un gamin de 11 ans). Même la gauche, en son temps, y a été de main leste en nous envoyant son « dégraisseur en chef » (qui savait de quoi il en retournait en matière de « mammouth »…) pour nous faire plier l’échine. Nous ne nous appesantirons pas ici sur la stratégie suicidaire d’un PS qui, cédant aux sirènes du libéralisme (la fin des services publics tant attendue par Bruxelles…) a préféré sacrifier et abandonner un électorat qui lui était pourtant hautement attaché. Laissons simplement M. Bayrou s’en réjouir…
Les concours de recrutement de l’enseignement (étant donné le peu de places aujourd’hui disponibles) n’ont jamais été aussi sélectifs et les profs aussi compétents dans leurs disciplines. C’est sans doute là, d’ailleurs, que le bât blesse : la qualité des contenus pédagogiques n’est plus de mise. En résumé, on se fiche de ce que vous racontez ! Du moment que les élèves ont, chaque heure de la journée, un gentil animateur prêt à garder le troupeau, peu importe le reste ! En témoigne cette fameuse bivalence que l’on nous promet dans un avenir proche : chaque enseignant devra être disponible (d’où les 35 h) au sein de l’établissement pour remplacer- au pied levé- un collègue absent dans une autre matière. Des vidéos potaches circulent déjà sur Internet montrant un prof de gym en train de faire un cours de maths devant des élèves ahuris. Moi, qui suis professeur de philosophie, j’attends avec impatience le jour où l’on me demandera de faire un cours de biologie. Je pourrai alors réhabiliter sans complexe la théorie de la glande pinéale de Descartes, censée rendre compte du lieu de jonction entre l’âme et le corps…
Après l’attaque en règle de la gauche et de ses « pédagogos » contre la transmission du savoir : la parole et l’opinion de l’élève mises au même plan que celle du professeur, la fin des redoublements, du par-cœur ( paraît-il, « traumatisants »), la mise au rancart du « travail » des élèves, l’entrée en masse des parents dans l’école et de leur consultation sur tous les sujets, y compris pédagogiques et disciplinaires (droit de regard sur le passage des élèves, suspension des punitions et des sanctions etc.). Bref la voie ouverte par la gôche à la démagogie et au clientélisme !
Voilà à présent la droite qui poursuit l’attaque sous un autre angle, celui de la pure logique comptable : « Faire moins bien avec moins ». La suppression des postes dans l’éducation nationale se traduit par une carence du personnel encadrant : moins de pions, de CPE, d’enseignants, disparition à terme des CO-Psy (chargés de l’orientation des élèves) etc. Résultat : le service des enseignants –survivants- s’ouvre à de nouvelles charges incongrues : séparer les bagarres dans la cour, faire office d’assistant social quand un élève est en difficulté, faire un peu d’orientation par ci-par là (sans avoir été formé auparavant) etc. A quand un peu de ménage le soir, quand le personnel chargé de cette tâche aura lui aussi disparu de l’école ?
Je ne cherche pas à attirer une quelconque empathie ou commisération à notre égard...La « chasse aux fonctionnaires » qui a été ouvertement lancée ne permet pas de tels espoirs. Mon propos vise simplement à signifier aux parents qui sont, souvent, si prompts à utiliser ce petit pouvoir compensatoire qu’on leur octroie (« casser du prof »), que leurs enfant sont et seront les principales victimes d’une telle dérive. Qu’attendre d’une société où la voix des jeunes a pris une telle ampleur que les adultes en ont peur ? Comme le disait Platon, dans la République : "Lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves, lorsque les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien et de personne, c’est le début de la tyrannie."
Le projet Attali propose la notation des profs par les élèves mais connaît-il bien les jeunes dont il parle, ce M. Attali, « haut stratège parmi les stratèges », rarement descendu dans la cour… de récré voir ce qui s’y passe ? Je vois d’ici leurs requêtes : « ce serait bien que la prof d’anglais mette des jupes un peu plus courtes et que la prof de maths sourie un peu plus. Et puis, on aimerait moins de devoirs à la maison. » Un site existe déjà : vous pouvez d’ores et déjà aller noter les profs de vos enfants : http://www.note2be.com [1].
Dans un laps de temps plus imminent, le comité "Pochard" (eh oui, il fallait l’inventer…) nous promet la notation par le proviseur qui n’est absolument pas habilité à noter des contenus pédagogiques et disciplinaires. Transformé en manager et agent de recrutement local, il aura bientôt pour mission (cf. perspective de fermeture des concours) de recruter des vacataires mal formés, choisis pour leur docilité et leur abnégation face aux nouvelles contre-réformes. Quand la voix des profs ne se fera plus attendre, c’est que la bête sera bel et bien morte. Vous pourrez alors prendre de nouveaux crédits (je vous déconseille les taux variables) pour payer les études de vos petits.
Pas étonnant que M. Attali et notre gouvernement actuel se fassent les chantres du soutien au financement du privé (toujours moins cher qu’ une grosse bête à nourrir comme l’éducation nationale). Mais pendant qu’on nous oblige, à l’école publique, à jouer ainsi à la dînette, à faire de la garderie pour occuper la galerie, les écoles privées où étudient d’ailleurs nos fils et filles de ministres, continuent « à l’ancienne », exigeant de leurs élèves l’excellence qui sera requise pour entrer dans les grandes écoles : SCE PO, ENA, HEC etc. L’élite héréditaire n’a jamais été aussi bien assurée et l’ascenseur social autant en panne !
Pendant qu’on nous promet des classes surchargées à 40 (et +), qu’on élargit nos services à des tâches étrangères à la transmission du savoir, qu’on donne aux parents (via les proviseurs et les rectorats qui soutiennent le plus souvent leurs requêtes) la capacité de « casser du prof », l’inégalité s’envole et les classe moyennes et populaires sont plus que jamais vouées à la relégation sociale (ce qui est une nouveauté pour la première). Certes vos enfants obtiennent leur bac, mais un bac au rabais (dont ni le marché de l’emploi ni celui des études supérieures n’est dupe) et qui vaudra encore moins à l’heure de la régionalisation des établissements quand le diplôme aura perdu sa valeur nationale… « Le bachot pour tous » : une faible consolation, ne trouvez-vous pas ?! Le vocabulaire employé n’est jamais anodin : l’école aujourd’hui n’est plus un lieu de savoir mais « un lieu de vie », où le savoir est mis sur le même plan que les autres caractéristiques de la vie humaine : la passion, l’amour la haine, l’émotion (le pathos) et où la raison a perdu ses privilèges.
Oui, chers parents, vous êtes en train de casser votre joujou et de vous rendre complice de la destruction de l’école publique si patiemment orchestrée par les instances libérales bruxelloises et dont nos gouvernants (de droite comme de gauche) ne sont que les courroies de transmission.
Oui, chers parents, vous êtes en train de casser votre joujou et de vous rendre complice de la destruction de l’école publique si patiemment orchestrée par les instances libérales bruxelloises et dont nos gouvernants (de droite comme de gauche) ne sont que les courroies de transmission.
Facile, plus tard, quand vous serez tous obligés de payer pour les études de vos gamins, de vous répliquer : « Mais vous l’avez voulu, ce système. C’est vous qui, par le biais des fédérations toutes puissantes de parents d’élèves êtes entré dans l’école. C’est votre vote qui comptait dans les conseils d’administration des établissements, c’est vous qui contestiez si fréquemment les décisions pédagogiques et disciplinaires des enseignants. De quoi vous plaignez-vous à présent ?» La comparaison est facile mais qui irait dire à son médecin ce qu’il doit faire pour se soigner ? Eh bien, nous les enseignants, nous recevons constamment les conseils des parents d’élèves, qui ont, pour certains d’entre eux, un vrai compte à régler d’ordre psychanalytique avec l’école (en témoigne l’abus de pouvoir de ce gendarme qui a porté plainte contre le prof. de techno ayant giflé son fils après que ce dernier l’eut traité de « connard »).
Ne vous y trompez pas, chers parents : la stratégie du bouc-émissaire, aussi éculée soit-elle, fonctionne à merveille : pendant que vous vous en prenez à nous, vous ne voyez pas venir l’énorme révolution qui se profile, qui n’est autre que la fin de l’école publique républicaine c’est-à-dire d’une école de qualité donnant à toutes et à tous sa chance. Je me souviens d’une phrase lue dans un rapport de l’OCDE (documents peu lus, malheureusement, où l’on s’autorise donc le cynisme) et qui disait à peu-près ceci : « il faut petit à petit que l’école publique se dégrade pour que les parents mettent naturellement leurs enfants dans le privé.» CQFD : ne donnez pas votre soutien aux fossoyeurs de l’école publique ! Rejoignez les enseignants dans leurs luttes et soutenez-les dans leur travail ! Tous ensemble….(je n’ose pas dire la suite)
[1] A l’initiative de ce site, on trouve un certain Stéphane Cola. On peut également vérifier sur Internet que ce type dirige une officine de communication politique (villes & images ) qui travaille pour …l’UMP. Vous pouvez vérifier à l’adresse suivante mes allégations :http://www.villes-images.com/quisommesnous.htm
[1] A l’initiative de ce site, on trouve un certain Stéphane Cola. On peut également vérifier sur Internet que ce type dirige une officine de communication politique (villes & images ) qui travaille pour …l’UMP. Vous pouvez vérifier à l’adresse suivante mes allégations :http://www.villes-images.com/quisommesnous.htm
pétition de soutien au professeur inculpé pour une gifle
http://www.lille.snes.edu/spip9/spip.php?article1369
http://www.lille.snes.edu/spip9/spip.php?article1369
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