Chaque année,
je commence mon cours d'introduction à la philosophie (après les préliminaires d'usage, bien entendu) par le commentaire de ces deux phrases que je demande aux élèves de mettre en corrélation:
«
Patrick Le Lay, directeur de TF1 (chaîne privée, filière de Bouygues BTP, qui a, je le rappelle, fait fortune sur les marchés publics, c’est-à-dire grâce à l’argent des contribuables), mai 2004
Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective
« business », soyons réalistes : à la base, le métier de TF1,
c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Or, pour qu’un
message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit
disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible,
c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux
messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau
disponible (…) " »
Patrick Le Lay, directeur de TF1 (chaîne privée, filière de Bouygues BTP, qui a, je le rappelle, fait fortune sur les marchés publics, c’est-à-dire grâce à l’argent des contribuables), mai 2004
et
« L’ignorance du peuple nous garantit de sa soumission »,
Catherine II de Russie
Parfois, j'ajoute une variante - une citation du Testament Politique de Richelieu :
"Comme la connaissance des Lettres est tout à fait nécessaire
dans une République, il est certain qu'elles ne doivent pas être indifféremment
enseignées à tout le monde. Ainsi qu'un corps qui aurait des yeux en toutes ses
parties serait monstrueux, de même un Etat le serait-il si tous ses sujets
étaient savants; on y verrait si peu d'obéissance que l'orgueil et la
présomption seraient ordinaires.Le commerce des Lettres bannirait absolument celui de la
marchandise, qui comble les états de richesse, ruinerait l'agriculture, vraie
nourrice des peuples, et déserterait en peu de temps la pépinière de soldats qui
s'élèvent plutôt dans la rudesse de l'ignorance que dans la politesse des
sciences. [...]"
Je pense que vous voyez sans difficulté où je veux en venir et que vous comprendrez le lien avec les propos de celui -que je dénommerai ici suite à la lecture vivifiante du livre d'Alain BADIOU, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, "l'homme aux rats"- "
Vous pouvez faire ça si ça vous chante des études de littérature ancienne,
mais vous n'allez pas quand même demander à l'Etat de vous les payer. L'argent
des contribuables doit aller à l'informatique et à l'économie."
L'homme aux rats serait-il plus savant qu'il n'y paraît ? Aurait-il lu Richelieu ? Lui, certainement pas mais ses spin doctors, sans doute...
Allez, pour commencer, je vous "offre" quelques extraits de mon cours d'introduction :
Pourquoi philosopher ? Cours d’introduction
I/ Pourquoi philosopher aujourd’hui ?
Pour vous faire comprendre ce qu’est la philosophie, partons de quelque chose que vous connaissez bien : la société dans laquelle vous vivez cad la société de consommation.
Nous vivons dans une société de consommation (ce n’est pas le cas de toutes les sociétés – Cf. sociétés de troc en Afrique où les besoins et les moyens de les satisfaire sont réduits au minimum. La société de consommation a pour base l’industrialisation de la production et une économie capitaliste). Notre société nous incite sans cesse à consommer, par le biais des magazines, des médias, des pubs, des téléfilms, des procédés marketing (cf. eurodisney : la musique est très forte et très répétitive pour que les gens se posent le moins de questions possibles. Dans les supermarchés : on travaille sur les couleurs et les emplacements des rayonnages pour que l’achat soit le plus impulsif possible ainsi que sur les odeurs pour inciter le consommateur à acheter. Dernière trouvaille : le neuromarketing).
Aussi crée t-on sans cesse de nouveaux besoins : la mode, le dernier portable, le dernier lecteur DVD, jeu vidéo, I-Phone et je ne sais quoi encore, pour que les gens se perdent dans cette course effrénée- sans trop avoir à réfléchir sur leur vie- Tous les sitcoms montrent que le bonheur est synonyme de consommation. Il faut gagner de l’argent pour consommer et cela, à l’infini (cercle vicieux).
Même l’Etat nous demande de consommer pour être de bons patriotes et relancer l’activité économique du pays : « la consommation citoyenne » ou "patriotique" - expression qui n'a guère de sens quand la majeure partie de ce que nous achetons est produit à l’étranger.
On porte tous sur nous des marques célèbres et reconnues qui nous permettent de nous reconnaître entre nous, de nous intégrer socialement (cf. logique d'intégration et de distinction) on porte l’uniforme du consommateur modèle. Il y a la panoplie complète du Skatter, du racaille, du BCBG, du gothique, du tectonic etc. C'est le conformisme de l'anticonformisme...L’identité, c’est la marque (je me reconnais dans une marque, symbole de prestige et de luxe- Confusion être -avoir : je crois être ce que je possède)
La société n’a plus d’idéal mais la consommation est son idéologie* :
1er mots à intégrer :
idéologie : idées et système de croyance véhiculés (souvent par la classe dirigeante) qui déterminent le mode d’agir et de penser des hommes (par le biais de la propagande) sans qu’ils aient conscience d’être manipulés. Ex : l’idéologie nazie : on fait croire, à force de propagande que les juifs sont une race inférieure. L’idéologie de la consommation consiste à nous faire croire que le bonheur, c’est de consommer.
Idéal : par opposition à « réel » : ce que l’on se propose comme type parfait à réaliser : « aspirer à l’idéal » Ce que l’on souhaite voir être réalisé. Idéal signifie « parfait ». Ex. : le temps idéal pour aller se promener. Est réel, en revanche, ce à quoi on est effectivement confronté dans son imperfection (le temps réel qu’il fait). Les hommes réels sont les hommes tels qu’ils sont et non tels qu’on voudraient qu’ils soient.
La publicité = la propagande de l’idéologie de la consommation. « Le dressage social à la consommation » Baudrillard. Il s’agit de formater les consommateurs pour qu’ils fassent marcher les grandes multinationales. Cf. propos de Le Lay
La société de consommation définit le bonheur par le plaisir : mais attention ! Un plaisir qui doit se renouveler constamment : » Le plaisir, c’est de changer de plaisir »."La mode, c'est ce qui se démode" (Coco Chanel) D’où la création de frustrations continuelles : à peine acheté, votre portable est déjà démodé. Le plaisir, cela se consomme et cela se jette. Cela se consume très vite. L’ennemi principal : la lenteur, l’ennui. La consommation doit devenir une pulsion, un réflexe. Et le réflexe, c’est tout le contraire de la réflexion. Ce réflexe, il est inculqué très tôt, dès le plus jeune âge par le bombardement constant de la publicité qui fait des enfants de véritables « cibles marketing »
La consommation falsifie les valeurs* cad ce que nous estimons être précieux, ce que l’on estime devoir être défendu (rapport à l’idéal) : on peut mourir pour des valeurs : pour la paix, la liberté, la justice ou la démocratie etc.
Or, l’intelligence, la réflexion commande de faire la part entre des fausses et des vraies valeurs, de faire la part entre l’illusion et le réel. La publicité se sert de valeurs nobles et idéales et les détourne de leur sens : « la liberté une idée qui est dans l’air : achetez :… » ; « La révolution est en marche : … » (slogan utilisé pour une marque de préservatifs) ; la générosité : « quand on aime, on ne compte pas » (pour une marque de saucisses)- La pub discrédite les vraies vertus : le travail, le sérieux- On se moque du bon élève et on donne la palme au cancre. Il faut être cool, s’amuser etc. On entretient l’illusion d’un monde facile dans lequel il suffit juste de désirer pour obtenir (« prenez vos désirs pour des réalités »). Il faut "s’éclater", se montrer, être « tendance », « glamour » ; il faut « kiffer grave » etc. Etre sérieux, accorder de l’importance à sa vie intérieure, c’est être coincé, ringard etc. pas à la mode …Or, ne pas être soi pour être constamment un autre, c’est être aliéné*, être étranger à soi-même (comme le fou).
Aussi, dans notre système de consommation, il ne faut surtout pas éveiller la lucidité, faire prendre conscience aux gens qu’ils vivent dans l’illusion, retrouver le véritable sens des mots en dehors de toute falsification, leur donner un sens critique.
La philosophie est un exercice de lucidité*. Qu’est-ce qu’être lucide ? En un mot : voir. Voir avec les yeux de l’intelligence. Voir ce qui est. Le voir de l’intelligence = ce qui préside à l’étude de la philosophie. C’est ce à quoi pense Descartes quand il écrit : « c’est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher. »
Les intellectuels ne sont pas à la mode : « ils prennent la tête ». C’est la raison pour laquelle ils sont très mal perçus dans notre société. Ils nous obligent à réfléchir alors que ce qu’on veut, c’est consommer – non pas être mais avoir –
Cependant, la philosophie retrouve paradoxalement une certaine aura dans la société depuis que les gens sentent la frustration kiée à cette fuite en avant perpétuelle dans la marchandise. Le développement de la philo constitue un mouvement de résistance contre une société abêtissante : elle permet de penser par soi-même et de former son propre jugement en dehors de tout conditionnement extérieur (« penser par soi-même », tel est son maître-mot). Elle est l’art de la pensée par excellence.
Ce qui est considéré comme utile, dans notre société (cf. la citation de "l'homme aux rats"), c’est tout ce qui participe à ce processus de consommation : le commerce, l'informatique, les industries, la bourse, les machines de production, les transactions etc. Ce qui est utile , c'est la maîtrise de savoir-faire précis- Nous vivons à l'ère de l’industrie et de la technique. (d'où le point 3 dans le livre de Badiou : la valorisation nécessaire de la science gratuite par rapport à la technique)
Ce qui est considéré comme inutile, a contrario, c'est tout ce qui favorise la réflexion, tout ce à quoi se consacre la philosophie (Souvenons-nous de cette légendaire injonction de Christine Lagarde, ministre de l'économie de "l'homme aux rats" : "les Français pensent trop et ne travaillent pas assez"). La philosophie, telle que je la conçois dans la lignée de Socrate, doit être subversive, être capable de critiquer l'ordre établi, les valeurs, privilégiées, les illusions véhiculées etc. Les philosophes sont des « empêcheurs de tourner en rond », des résistants...
La plupart du temps, on nous demande d’être de bons petits soldats, de bons techniciens, de bons consommateurs, de bons citoyens, le tout sans trop nous poser de questions. Les décisions qui concernent nos vies sont prises au niveau d’instances qui nous dépassent (et de toute façon même quand nous décidons pour notre vie, on passe outre notre décision : cf. la ratification par les voies parlementaires du traité européen sur lesquels les Français s'étaient exprimés par un "non" référendaire : beau déni démocratique !!!)
Ex. de la guerre en Irak : on n’a pas demandé aux américains de statuer sur le fait de savoir si les guerres sont justes ou pas et dans quelle mesure une guerre peut-elle être juste. On leur a juste demandé d’être de bons patriotes et de soutenir leur président (même si celui-ci est dans l’erreur).
La philosophie dérange parce que justement elle impose que l’on se pose des questions, que l’ « on se prenne la tête ». La philosophie dérange parce qu’elle remet en question l’ordre établi au profit d’un ordre meilleur (cf. le suicide de Socrate). Elle se pose la question de ce qui devrait être.
Je vais essayer, pour ma part, de vous montrer l’intérêt de la réflexion : réfléchir sur ce que nous sommes en tant qu’êtres humains, sur ce que nous voulons devenir, sur ce que nous voulons offrir aux générations futures. La philosophie met l’homme en éveil concernant sa propre existence.
→ Eloge des intellectuels et éloge de la lenteur. La philosophie = un arrêt dans la course effrénée pour « ne pas perdre sa vie en la gagnant » !!!
- Si vous êtes blasés, désabusés, la philosophie demande de s’étonner. Si vous êtes pétri de certitudes (si vous croyez savoir beaucoup), la philosophie apprend l’humilité du doute (« la seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien. »)
-C'est une éducation à la Réflexion qui va contribuer à développer votre esprit critique (à vous permettre de disposer desmoyens argumentatifs vous permettant de présenter votre point de vue et de le défendre)
-C'est une véritable prise de conscience (Cum-Scientia : avec savoir) de votre monde intérieur comme extérieur." La philosophie est un combat, « une lutte constante contre le sommeil de la vie et contre cette ivresse de la vie qui est un sommeil de l’esprit» (Emmanuel Mounier)
La philosophie laisse rarement indifférent : elle suscite tour à tour passion ou rejet, admiration ou moquerie. Alors que les sciences dites exactes comme la physique, ne voient jamais leur utilité remise en question (même si on s’interroge sur le bienfait de leurs applications), la philosophie, elle, est couramment critiquée pour son « inutilité ».
II/ Qu’est-ce que la philosophie ?
Pour répondre à cette question, interrogeons-nous d'abord sur l’étymologie
Philo-sophia : Philein : aimer Sophia : sagesse, savoir
Le philos c’est bien celui qui aime, c’est l’ami. Il faut prendre ce verbe « aimer » au sens de correspondre, de relier, de s’accorder et non au sens de celui qui prend plaisir, qui apprécie. Et à quoi le philos s’accorde t-il ? A la Sophia, qui signifie sagesse et connaissance de la totalité, de la vérité. Le Sophos, en Grèce, c’est le sage cad celui qui possède la vérité, le savoir total mais aussi celui qui sait comment bien vivre, cad celui qui adopte le meilleur mode de vie possible, capable de le rendre heureux. Attention, le philosophe n'est pas un sage le sage. Il recherche la sagesse et la vérité.
Il cherche à s’accorder, à se relier à la vérité du monde, à ce qui existe au-delà de la simple apparence des choses.
Nous l’avons dit, le philosophe, ce n’est pas celui qui « aime bien », qui « apprécie » : sa recherche n’a rien de sentimental, de subjectif ou d’affectif comme on peut dire « j’aime bien ce groupe de musique », « j’aime bien le chocolat » etc.
Le philosophe est ami de la sagesse, du savoir dans la mesure où il désire se relier, s’unir à elle : il la recherche, il est en quête (ce qui signifie qu’il ne détient pas la vérité). Comme nous le verrons dans le cours sur le désir, on ne peut désirer que ce que l’on ne possède pas. Ainsi, contrairement à ce que l’on croit souvent, le philosophe n’est ni un sage ni un savant. Au contraire, il veut le devenir.
Le philosophe a en effet profondément conscience de son ignorance : c’est d’ailleurs ce que Socrate répétait sans cesse : « la seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien » mais l’avantage qu’a le philosophe sur les autres hommes, c’est qu’il ne pense pas, comme eux, détenir la vérité : il est conscient de son ignorance et c’est en cela qu’il est plus sage et plus savant que les autres. Sachant qu’il ne sait pas, il peut se mettre en route sur la voie de la connaissance alors que celui qui pense savoir ne s’y mettra jamais (cf . la figure du prétentieux, du vaniteux). L’ignorance de sa propre ignorance forme toute possibilité de progrès.
Le savoir de son ignorance, qui caractérise le philosophe, c'est la docte ignorance (ou encore l’ignorance savante).
Ceci signifie que la philo n’est pas un corps de connaissances toutes faites (# dogmatisme qui impose une vérité toute faite sans la justifier rationnellement). Dans les autres matières, par ex. en maths, on vous demande d’apprendre des formules, des théorèmes que vous n’avez pas à discuter. En Droit, on vous enseigne des lois, des décrets, des règlements. On ne vous questionne pas sur le bien fondé et la légitimité de ce corps de connaissances : on ne vous demande pas si tel art. du code civil vous apparaît juste ou non : on vous demande de l’apprendre. En français, on ne vous demande pas non plus de discuter les règles de grammaire ou d’orthographe etc.
La philosophie, au contraire, est un lieu de discussion, de dialogue* (cf forme privilégiée du dialogue chez Platon) : le philosophe se pose des questions, se demande pourquoi telle chose et pas plutôt telle autre ? Pourquoi les choses sont-elles ainsi et pas autrement ? Et pourquoi ne seraient-elles pas justement autrement ? Le philo. pose des questions.
*Attention ! Le dialogue n'est pas une débat style café philo ou café du commerce. Il ne s‘agit pas de donner son opinion, son avis sur les choses (subjectivité) mais de la justifier rationnellement (objectivité).
L’exercice de la pensée, c’est de chercher la vérité, la solution d’un problème, d’envisager chaque thèse comme une réponse valable possible, d’exposer les arguments en sa faveur, puis éventuellement de s’apercevoir de ses insuffisances, de découvrir des objections qui mènent à la réfutation de la thèse et de repartir ainsi à la recherche d’une autre solution.
En un sens, tout ce qu’avance le philosophe est provisoire car toujours sujet à discussion. Nul n’est moins dogmatique* que lui[1] .
III/Quels sont les outils et l’objet de la philosophie ?
L’objet principal de la philosophie, c'est l’homme – l’expérience humaine
Le philosophe, en se posant la question du « pourquoi », entend donner un sens proprement humain au monde. Cf. formule de Terence : « rien de ce qui est humain ne m’est étranger ». En ce sens la philo permet une meilleure compréhension de l’homme et constitue donc sagesse t(cf. le « connais-toi toi même » de Socrate).
Il existe d’autres formes de sagesse qui prétendent parvenir à la vérité du monde : les mythes, les religions, les arts, les méditations etc. La différence avec la philo , c'est qu'ici, il s'agit d'une démarche conceptuelle. C'est une sagesse qui passe par une connaissance rationnelle.
L’outil majeur = le concept
Le concept se distingue du simple vocable. Si l’on cherche le mot liberté dans le dico, on trouvera « état de celui qui agit sans contrainte ». Le concept est un champ de problèmes : la liberté est-ce vraiment agir sans contrainte ? Il va falloir interroger les différentes définitions qu’on peut en trouver et cheminer dans notre réflexion pour mieux définir ce qu’est la liberté. Le concept se construit patiemment grâce à la confrontation de thèses.
Si la philosophie est un lieu de discussion, il ne s’agit pas de donner sa vérité personnelle, affective et subjective. Il ne s’agit pas de dire « moi, personnellement, je pense que » et de livrer la philosophie ainsi à l’opinion et aux préjugés. En philosophie, ce qui compte, c’est de penser à la place de l’autre contre toute opinion personnelle ou tout préjugé : on doit soutenir une pensée argumentée que tout un chacun peut suivre s’il se fie à la raison. Construire son objet de pensée, voilà ce que signifie conceptualiser (traiter le mot en problème.)
C’est la raison pour laquelle la dissertation philosophique exige que l’on dise toujours « nous » et pas « je » car on parle au nom de l’universalité rationnelle, laquelle englobe tous les êtres raisonnables qui doivent pouvoir tomber d’accord.
Une aide précieuse : Les autres philosophes : La philosophie est un dialogue avec les penseurs qui nous ont précédés. PQ ? Parce que nous ne venons pas de nulle part et que pour comprendre le monde dans lequel nous vivons et notre mode de pensée (occidental), il faut comprendre ceux qui l’ont construit avant nous. Ensuite, parce que les questions que se pose l’homme (sur la justice, le bien, le mal, le pouvoir, la vérité etc.) sont toujours les mêmes et que les œuvres des grands esprits vont nous permettre de gagner du temps. Nous ne pouvons en 1 an réinventer à nous seuls 25 siècles d’histoire de la pensée !
Le pincipal combat : contre les préjugés : le préjugé*, comme l’indique la formation du mot (pré-juger, pensée qui précède le jugement, l’opération rationnelle) c’est ce qu’on pense sans vraiment réfléchir, en jugeant sur l’apparence ou en fonction de ce que nous inculquent notre milieu, notre éducation. Préjuger, c’est soit ne pas juger soit mal juger.
Préjuger, c’est affirmer de façon immédiate et non réfléchie, à la manière d’un enfant.
Par ex. avoir des préjugés sur qq, c’est dire : « il a l’air comme ci ou comme ça » ; « il a pas l’air sympa ». C’est juger une personne sans la connaître, juste sur des apparences parfois trompeuses, sans lui laisser la chance de montrer sa personnalité. Céder aux préjugés, c’est céder à la facilité : pas besoin de réfléchir, on juge sur l’apparence et hop, on s’arrête là.
Il y a des préjugés très tenaces et très dangereux : les préjugés raciaux ou religieux par ex. Le nazisme, à la fin des années 30, en Allemagne, s’est évertué à développer le préjugé anti-juifs : « c’est une race inférieure, monstrueuse » etc . Or, comment fonder rationnellement l’infériorité d’un peuple par rapport à un autre en fonction de son appartenance religieuse ? C'est rationnellement impossible.
Rq : Je vous invite à analyser les préjugés qui sont véhiculés par les médias et la classe politique dominante et qu ont mené M. Le Pen au 2ème tour de l'élection présidentielle de 2002, ainsi qu'à la victoire de "l'homme aux rats".
Expérience majeure : celle du doute : l’homme découvre que ce qu’il tenait pour vrai n’est en effet qu’une illusion (cf. Matrix). Néo pense connaître alors qu’il vit dans l’illusion la plus complète. Mais où est la vérité ? Il a le choix, au moment de prendre la pilule (bleue ou rouge), de rester dans l’illusion de bonheur ou bien au contraire aller à l’encontre de la vérité. C'est une expérience douloureuse car il est beaucoup plus difficile de chercher la vérité que de rester dans l’erreur, non seulement à cause de ce que l’on risque de découvrir mais aussi parce que l’on décide par là de se jeter dans l’inconnu et de mettre à bas toutes nos certitudes et nos habitudes sur lesquelles s’étaient jusque là fondés notre équilibre et notre identité. Cf. aussi longue ascèse et douleur traversées par celui qui sort de la caverne (conversion morale et intellectuelle). Ce qui est beau, disait Spinoza, est rare et difficile.
La philosophie a pour tâche de réfléchir au-delà des apparences et des opinions toutes faites. Elle a pour tâche d’éduquer la pensée, de lui apprendre à se projeter « plus loin » que l’apparence, armée de la raison et de l’argumentation conceptuelle. La pensée philosophique est un moyen pour comprendre le monde réel dans ses fondements, dans ses principes, dans ses origines (cf recherche de vérités premières.) C’est une recherche qui peut être difficile et coûteuse.
Résumé :
Expérience majeure : celle du doute : l’homme découvre que ce qu’il tenait pour vrai n’est en effet qu’une illusion (cf. Matrix). Néo pense connaître alors qu’il vit dans l’illusion la plus complète. Mais où est la vérité ? Il a le choix, au moment de prendre la pilule (bleue ou rouge), de rester dans l’illusion de bonheur ou bien au contraire aller à l’encontre de la vérité. C'est une expérience douloureuse car il est beaucoup plus difficile de chercher la vérité que de rester dans l’erreur, non seulement à cause de ce que l’on risque de découvrir mais aussi parce que l’on décide par là de se jeter dans l’inconnu et de mettre à bas toutes nos certitudes et nos habitudes sur lesquelles s’étaient jusque là fondés notre équilibre et notre identité. Cf. aussi longue ascèse et douleur traversées par celui qui sort de la caverne (conversion morale et intellectuelle). Ce qui est beau, disait Spinoza, est rare et difficile.
La philosophie a pour tâche de réfléchir au-delà des apparences et des opinions toutes faites. Elle a pour tâche d’éduquer la pensée, de lui apprendre à se projeter « plus loin » que l’apparence, armée de la raison et de l’argumentation conceptuelle. La pensée philosophique est un moyen pour comprendre le monde réel dans ses fondements, dans ses principes, dans ses origines (cf recherche de vérités premières.) C’est une recherche qui peut être difficile et coûteuse.
Résumé :
Penser, c’est dire non aux apparences, c’est:
– se méfier des apparences trompeuses,– pratiquer une mise en doute méthodique de ce que nous donnent à voir nos sens,– transformer nos opinions en jugements fondés,– avoir une conception critique de nous-même et du monde,– commencer, donc , par la réflexion et le recueillement.
IV Tout le monde peut-il philosopher ?
Oui !
Descartes disait que « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » cad la raison est la chose du monde la mieux partagée (Attention ! à condition de savoir s ‘en servir). Chaque individu, dans la mesure où il naît doté de la faculté de penser, est capable de réfléchir sur les choses qui l’entourent, de se demander « pourquoi ». Aristote nous dit que la philosophie naît de l’étonnement que les choses sont ce qu’elles sont (Métaphysique, livre A) et Platon, dans le Théétète : écrit :
« Cette passion est vraiment d’un philosophe que l’émerveillement. Il n’y a
point d’autre commencement à la philosophie que celui-ci, et celui qui a dit
qu’Iris était fille de merveille ne savait pas mal sa généalogie ».
Tel est le point de départ positif de la philosophie. Pouvoir s’émerveiller, c’est pouvoir congédier le voile des représentations toutes faites qui s’interposent entre nous et le réel, pouvoir être touché au cœur par la présence de ce qui est. Si nous osons nous regarder en face avec suffisamment d’honnêteté, nous verrons à quel point notre existence quotidienne est la plupart du temps troublée par la confusion qu’engendrent nos préoccupations un peu courtes et nos idées arrêtées. Notre intérêt est si distrait au monde présent que ce monde n’est jamais étonnant. Il n’a de sens qu’en vertu d’une utilité momentanée que nous pouvons lui trouver. Il n’a pas de Sens en lui-même.
Dès l’instant où vous vous demandez « pourquoi ?» (comme le font les enfants avec leurs questions incessantes : qu’est-ce que c’est ? A quoi ça sert ? Pourquoi etc.) vous êtes sur la voie de la philosophie.
Quid l’étonnement ? C’est le choc ou la surprise causés par quelque chose de nouveau, d’inconnu, d’inhabituel, d’imprévu. Par exemple, un enfant sera étonné lorsqu’il verra pour la première fois de sa vie un arc en ciel (il demandera «ce que c’est et exigera une réponse de ses parents). La philosophie exige un regard neuf sur les choses qui vous entourent quotidiennement et une grande curiosité, cad le désir de connaître le pourquoi et le comment. Une personne curieuse cherchera à comprendre, à apprendre, à se faire expliquer (Désir de connaissance).
La capacité de s’étonner et la curiosité = les 2 premières grandes qualités d’un philosophe.
Or, Aristote affirme que « tous les hommes ont par nature le désir de connaître » : la soif de connaissance est naturelle chez l’homme- Elle fait partie de sa nature, au même titre que l’appétit sexuel ou le souci de sa conservation. On peut dire en effet que tous les hommes sont curieux mais à des degrés divers : ceux qui sont les plus curieux sont sur la voie de la philosophie.
La philosophie, historiquement est née de l’étonnement de certains savants sur les phénomènes naturels :
Au VIIème, VIème s. avant JC, les philosophes qu’on appelle « présocratiques » parce qu’ils précèdent la naissance de Socrate, observaient les phénomènes célestes et terrestres autour d’eux et s’étonnaient, s’interrogeaient. Ils réfléchissaient sur l’origine de la nature, du monde matériel, sur le principe* des choses (Principia en latin = archè en grec = ce qui est à l’origine). Il s’agissait de s’interrogeait sur l’origine* et le fondement* des phénomènes.
Attention : l’origine, c’est toujours ce qui précède temporellement (référence au temps). C’est le commencement (par exemple, l’origine connue de l’univers, c’est le Big Bang). Origo, en latin signifie « source » et se rattache au verbe oriri, « se lever ». l’origine est en ce sens le surgissement, l’apparition d’un élément jusqu’alors caché, inexistant. La recherche des origines est historiques.
Dès l’instant où vous vous demandez « pourquoi ?» (comme le font les enfants avec leurs questions incessantes : qu’est-ce que c’est ? A quoi ça sert ? Pourquoi etc.) vous êtes sur la voie de la philosophie.
Quid l’étonnement ? C’est le choc ou la surprise causés par quelque chose de nouveau, d’inconnu, d’inhabituel, d’imprévu. Par exemple, un enfant sera étonné lorsqu’il verra pour la première fois de sa vie un arc en ciel (il demandera «ce que c’est et exigera une réponse de ses parents). La philosophie exige un regard neuf sur les choses qui vous entourent quotidiennement et une grande curiosité, cad le désir de connaître le pourquoi et le comment. Une personne curieuse cherchera à comprendre, à apprendre, à se faire expliquer (Désir de connaissance).
La capacité de s’étonner et la curiosité = les 2 premières grandes qualités d’un philosophe.
Or, Aristote affirme que « tous les hommes ont par nature le désir de connaître » : la soif de connaissance est naturelle chez l’homme- Elle fait partie de sa nature, au même titre que l’appétit sexuel ou le souci de sa conservation. On peut dire en effet que tous les hommes sont curieux mais à des degrés divers : ceux qui sont les plus curieux sont sur la voie de la philosophie.
La philosophie, historiquement est née de l’étonnement de certains savants sur les phénomènes naturels :
Au VIIème, VIème s. avant JC, les philosophes qu’on appelle « présocratiques » parce qu’ils précèdent la naissance de Socrate, observaient les phénomènes célestes et terrestres autour d’eux et s’étonnaient, s’interrogeaient. Ils réfléchissaient sur l’origine de la nature, du monde matériel, sur le principe* des choses (Principia en latin = archè en grec = ce qui est à l’origine). Il s’agissait de s’interrogeait sur l’origine* et le fondement* des phénomènes.
Attention : l’origine, c’est toujours ce qui précède temporellement (référence au temps). C’est le commencement (par exemple, l’origine connue de l’univers, c’est le Big Bang). Origo, en latin signifie « source » et se rattache au verbe oriri, « se lever ». l’origine est en ce sens le surgissement, l’apparition d’un élément jusqu’alors caché, inexistant. La recherche des origines est historiques.
Fundamentum désigne de son coté une assise solide (par exemple les fondements d’un édifice). Ce qui est fondamental soutient (par exemple : les fondements de l’Etat, c’est ce qui le soutient). La recherche des fondements est philosophique : il s’agit de trouver les raisons (et non simplement le lieu et le temps où ça a pris forme).
Conclusion:
La philosophie a une tâche importante : c’est celle d’éduquer les individus, de leur apprendre à voir ce qui est derrière les apparences, de développer leur sens critique.
Vous êtes nés dans une société que vous n’avez pas choisie : vous avez la chance d’être né en France dans un pays occidental, riche et à tradition démocratique. Vous auriez tout aussi pu bien naître dans un bidonville de Mexico et risquer votre vie à chaque instant en vous promenant dans les rues parce qu’il n’y a pas de lois, pas de droits qui protègent suffisamment les individus.
Il nous est donné la possibilité de réfléchir ensemble sur les conditions qui ont permis la réalisation d’un tel état de droit démocratique en France : qui sont ceux qui ont eu l’idée de défendre l’égalité des hommes. Pourquoi en France, élit-on notre président au suffrage universel ? Pourquoi n’avons-nous pas un despote ou un tyran ? Il nous faudra aussi réfléchir sur notre propre pouvoir de citoyen : on dit que le pouvoir appartient au peuple puisqu’il élit son président mais est-ce vraiment le cas lorsque toutes les décisions relatives au pays sont prises sans consulter les individus ? Réfléchissons aux dérives possibles : sommes-nous encore en démocratie* ou en oligarchie* (pouvoir appartenant à un petit nombre)?
Il faut lutter contre l’apparence des choses et la superficialité des informations que l’on peut nous donner. La philosophie a pour but d’éveiller les gens, de les faire échapper à ce qu’on veut leur imposer comme modèle de société (une société axée uniquement sur la consommation en l’occurrence). A vous devenir philosophe et de remettre en question ce que vous avez toujours cru être vrai !
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[1] Si l’on prend ce terme au sens courant et péjoratif cad de celui qui prétend énoncer des vérités absolues et sacrées, des dogmes et n’admet aucune discussion. Au sens philosophique, « dogmatique » veut simplement dire « qui croit que la vérité est connaissable par l’esprit humain » et s’oppose à « sceptique ». En ce sens, tout grand philosophe est dogmatique, comme l’affirme Husserl cad optimiste quant à la possibilité de découvrir la vérité
[1] Si l’on prend ce terme au sens courant et péjoratif cad de celui qui prétend énoncer des vérités absolues et sacrées, des dogmes et n’admet aucune discussion. Au sens philosophique, « dogmatique » veut simplement dire « qui croit que la vérité est connaissable par l’esprit humain » et s’oppose à « sceptique ». En ce sens, tout grand philosophe est dogmatique, comme l’affirme Husserl cad optimiste quant à la possibilité de découvrir la vérité
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