" Par mon croc à merdre et par mon bâton à phynance". Ubu Roi, Alfred Jarry
"La propagande est aux démocraties ce que la matraque est aux
dictatures" Noam Chomsky
"La dictature c'est " Tais-toi ! " La démocratie c'est " Cause Toujours ! "
Inconnu
Je viens de regarder un reportage que j'ai trouvé très intéressant (bien qu'un peu vieillot : si je le montre à mes élèves, ils vont passer leur temps à rigoler des coupes de cheveux et des grosses lunettes années-70) "Chomsky : les médias et les illusions nécessaires". Toujours en réalité d'actualité.
Pour ceux qui ne connaissent pas bien Chomsky, voici un art. de 2002 :
La fabrique du consentement
Avec Propaganda, le penseur américain Noam Chomsky fait retour sur les rapports entre les médias et la politique.
Voilà un texte assez ancien du philosophe et linguiste Noam Chomsky : il date de 1997, avait déjà été publié, mais sa lecture, après le 11 septembre et les élections en France, n’en devient que plus percutante (1). Ce chercheur au MIT (Massachusetts Institute of Technology) creuse là un sillon déjà tracé : le rôle des médias dans la politique. Et les enjeux de société qu’il pose. Quels médias pour quelle société ? Or le quatrième pouvoir a souvent des allures de cinquième colonne dans une démocratie " Canada Dry ", où les citoyens sont maintenus dans une sorte de léthargie pour être appelés de temps en temps aux urnes, histoire de choisir parmi un éventail de spécialistes dont le mot d’ordre est : " La démocratie est quelque chose de trop sérieux pour être laissée au peuple. " Malin, Chomsky, s’il remonte au début du XXe siècle et dissèque les effets de la propagande outre-Atlantique, c’est pour mieux mettre à l’index l’ensemble des " démocraties " occidentales. Il évoque donc la commission Creel qui, sous les auspices du président Wilson, eut pour mission, en 1916, de transformer un peuple pacifiste en une horde belliciste. Et ce grâce à une propagande dont les principes n’ont pas changé d’un iota : taire les arguments de l’opposition et jeter l’anathème sur l’ennemi idéal.
Comme on ne change pas une équipe qui gagne, ces principes ont été à nouveau mis en branle au moment de la guerre du Golfe ou après le 11 septembre. Pour manipuler les foules, le politique doit faire peur et, faussement, se faire peur en faisant usage d’un Saddam Hussein ou d’un Ben Laden, avec la complicité de médias qui ne pousseront pas l’outrecuidance jusqu’à rappeler qu’ils étaient les alliés d’hier avant de devenir les ennemis de demain. Cette stratégie repose sur une conception foncièrement antidémocratique qui veut que, dans " l’intérêt du plus grand nombre " - en fait celui des élites - et du " bien commun " - accaparé par quelques-uns -, le pouvoir politique soit entre les mains d’un petit groupe. Paranoïa ? Hélas non : Walter Lippman, l’une des figures de proue du journalisme, dans la première moitié du XXe siècle, plaidait pour une " révolution dans l’art d’exercer la démocratie ", avec comme but la " fabrique du consentement ". Le peuple se voit taxé de " troupeau dérouté " réduit au rôle de " spectateur ". Qu’importe s’il se lobotomise devant le foot ou une sitcom, il faut tout faire pour éviter que les opposants se regroupent, que les non-dits s’entendent, que la population s’organise.
D’où des processus éprouvés de dénigrement des mouvements sociaux ou politiques, d’anomisation et d’atomisation des individus, avec les médias comme contrôle social à domicile, à un degré tel que Chomsky assène que " la propagande est à la société démocratique ce que la matraque est à l’État totalitaire ". Le linguiste lance quand même quelques pistes pour résister, notamment les moyens alternatifs de diffusion de l’information (Internet…) ou l’organisation par le biais d’institutions que l’État n’aura pas su liquider : les syndicats de ce côté-ci de l’Atlantique, l’Église de l’autre côté. Seuls reproches à l’ouvrage : sa taille et un argumentaire au pas de charge. Mais, dixit Chomsky, " la plupart des choses qui sont comprises peuvent être exprimés à l’aide de mots très simples et en des phrases très courtes. Mais si vous faites cela, vous ne devenez pas célèbre, vous n’obtenez pas d’emploi, les gens ne révèrent pas vos écrits ". Par ailleurs, s’il nous donne là un " manuel d’autodéfense intellectuelle ", ce dernier a parfois des allures de " bréviaire de manipulation des masses à l’usage de l’élite et des bien nantis ". Reste que, pour combattre un système, rien de mieux que d’entendre, par un de ses plus farouches opposants, ses plus fidèles zélateurs…
Sébastien Homer
(1) Noam Chomsky, Propaganda, éditions du Félin, Danger public, 88 pages, 10 euros. Consulter également les archives Chomsky : www.zmag.org/chomsky.
1 commentaires:
Ah, Noam...
depuis la mort de Bourdieu, Foucault et Deleuze, il ne nous reste plus que lui (et Halimi (et Bricmont (et Pierre Carles (et Howard Zinn (et Michael Albert (et... ah ben finalement on en a encore quelques-uns...)))))
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